Entrer en Fac pour qui, à l'époque, venait d'un milieu aussi précaire que le mien, était une gageure et , en même temps, un réel défi!
La réussite scolaire d'un jeune était, pour ses parents une véritable revanche sociale.
C'est donc avec beaucoup de fierté et de détermination que je pus m'inscrire en Fac. J'adorais les langues. Toutes les langues. Je me décidai pour l'espagnol. Proximité géographique, culturelle, trop de candidats aux concours en fac d'anglais...Prof, c'était un beau métier. En plus, comme me disaient mes parents, on a les vacances en même temps que les enfants, donc pas de problèmes de garde...
Autrement dit, un choix pragmatique.
L'obligation absolument impérative pour moi était de ne pas redoubler pendant le cursus. Cela conditionnait le maintien de la petite bourse dont je bénéficiais. La perdre aurait été rédhibitoire puisque mes parents n'auraient pas pu payer les frais de logement et de restaurant universitaire.
La 1ère année de fac je ne pus bénéficier d'une chambre au village universitaire. Cela pour des motifs administratifs. Impossible de trouver un studio à louer. La rentrée approchait, les propriétaires d'appartement rechignaient à louer aux filles réputées sales et peu soigneuses! Eh oui, le sexisme existait à ce niveau-là! J'atterris don dans un foyer tenu par des religieuses (!) et qui donc louaient des chambres aux étudiantes. Je me retrouvai donc dans une chambre-dortoir avec 4 autre filles...A cinq dans cette petite pièce, il ne fallait pas être exigeant...J'étais la seule à ne pas aimer fumer. Ce qui veut dire que les 4 autres fumaient tant et plus. Les vêtements et serviettes de toilette qui séchaient tant bien que mal empestaient le tabac. La fac était à 45mn à pied de ce foyer. Pas de voiture ni de bus. Le soir, nous étions bouclées à 21h. La seule option était donc de travailler...ailleurs que dans la chambre. Dans le foyer, nous avions accès à une immense bibliothèque toute en boiseries, avec des tables gigantesques de chêne foncé où je reprenais mes cours. J'étais seule, dans un silence impressionnant que personne ne traversait. Nous avions aussi un grand parc clos, isolé du monde, où nous pouvions regarder les oiseaux et notre solitude recluse.
A la fac, l'ambiance était tendue. Au lendemain du tourbillon de 1968, les piquets de grève était fréquents. Les étudiants syndiqués nous empêchaient d'accéder aux amphis. Il est arrivait que les profs nous fassent cours à l'extérieur de la fac, par exemple dans un stade voisin. Assis dans l'herbe, les classeurs sur les genoux, nous écoutions le prof qui essayait de 'sauver' notre année scolaire.
Ces conditions de travail, nous les avons connues pendant 4 ans, même l'année du concours de prof.
A suivre.