Matières censurées, ni sexe ni genre

Inutile de dire que l'éducation sexuelle ne figurait pas dans les enseignements impartis. A peine une vague formation anatomique. Entre filles, le sujet de conversation récurrent c'était donc les garçons et leur anatomie, voire plus pour les plus délurées! Un seul et unique livre nous avait été prêté par une externe et circulait sous le manteau, de main en main. Un livre avec beaucoup de texte et à peine quelques schémas succincts de l'appareil génital de la femme et de l'homme. Nous nous précipitions sur ces pages en noir et blanc, simplissimes et peu bavardes mais si précieuses! Nous étions avides de savoir et c'est ainsi que nous tentions de briser la chape de plomb qui nous empêchait de voir plus loin que notre nombril...

Les manifestations étudiantes de mai 68 font partie aussi des informations auxquelles, les internes, nous avions très peu accès. Au gré des vicissitudes familiales, je me trouvais alors au lycée Victor-Louis de Talence. Un lycée où l'internat, par nature privatif de liberté (nous ne pouvions pas sortir de la semaine), était plus ouvert et respectueux de l'individu. Cependant, aucune presse n'entrait dans le lycée, pas de télé ou si peu, pas de radio non plus. De ce fait, les externes ou demi-pensionnaires étaient nos seules sources d'information. En fait, nous nous sentions en marge de la société, réduites à essayer de glaner quelques informations par la bande. La situation actuelle où les élèves ont un accès extraordinaire à l'information et à la culture, via les CDI par exemple, me semble absolument merveilleuse pour peu que l'on sache trier les sources.

En septembre 68, je suis entrée en Terminale. Là, changement radical! Notre prof principal, prof de français et latin, que nous apprécions beaucoup, tardait à arriver en cours, presque toujours en retard, désabusée.et lasse. Je revois l'image de l'un des élèves de ma classe, les pieds sur la table de cours, affichant une sotte supériorité! L'ambiance studieuse avait vécu.

A l'internat, étude libre. Nous étions censées faire de l'autodiscipline. Dans la salle d'étude, c'était le brouhaha en même temps que le fast-food. Le bac approchait et pour réviser et se concentrer, il fallait sortir. Un petit espace vert jouxtait la salle d'étude. Les révisions, c'était dehors, en marchant de long en large, les classeurs ouverts sur les bras.

La salle de douche était devenue le lieu d'expression, la nuit. Quand les petites et la pionne dormaient - ou faisaient semblant de dormir -les Terminales, nous nous faufilions comme des Sioux jusqu'aux douches et là nous refaisions le monde une bonne partie de la nuit.

C'en était fini de l'internat -prison, mais aussi de la rigueur et du suivi scolaire. C'était débrouille-toi et sauve-qui-peut...