Comme vous l'avez deviné, le look lycéen n'obéissait pas aux mêmes critères qu'aujourd'hui.
Dans les trois lycées où j'ai été scolarisée, suivant les mutations de mon père, le port de la blouse était obligatoire. Dans le premier établissement, où je suis restée de la sixième à la troisième, nous avions des blouses en coton, à petits carreaux verts ou roses, suivant les semaines. Nos noms et prénoms devaient être brodés main sur le devant, bien visibles, ainsi que notre numéro matricule. Ces blouses devaient être parfaitement boutonnées sous peine de sanction, avertissement ou colle le week-end, et ne laissaient deviner que le col du pull ou du chemisier, ou le bas de la jupe. Quoi de plus démocratique? Les pauvres et les riches, internes ou pas, toutes traitées sur un pied d'égalité! Pas de marque de vêtements apparente ni ostentatoire, pas de comparaison possible donc pas de railleries! Seules les chaussures pouvaient donner des indices non pas sur la classe sociale mais surtout sur notre statut au sein du lycée: les internes avaient les chaussures les plus briquées. Plus tard, le nylon s'est introduit dans notre garde-robe. Dans mon 2ème lycée, à partir de la seconde, nous arborions des blouses infroissables! Plus de repassage! Et nos chaussettes ont été remplacées, le dimanche dans un premier temps puis sur semaine, par des bas en nylon! Le top! Trop sexy! Nous n'avions pas encore accès au pantalon...vêtement masculin par excellence. Pour les filles allumeuses! Ce n'est que vers mes dix -sept ans que, timidement, les filles ont pu, en privé, porter des pantalons sans avoir à supporter les regards réprobateurs. C'est avec un certain étonnement que j'ai vu, de nos jours, arriver la journée de la jupe! Qu'une fille soit mal considérée parce qu'elle porte une jupe est, ma foi, un retour de balancier assez cocasse!
Le jeudi après-midi était particulier. C'était le moment de la promenade. A cette occasion, le port de l'uniforme était obligatoire, de la tête aux pieds. Jupe plissée bleu marine, blazer assorti, béret bleu marine, chemisier blanc, chaussettes blanches. En rang, deux par deux, nous allions au jardin public. Il n'y avait absolument rien à voir, ni rien à faire au jardin public. Accoutrées comme nous l'étions et toujours sous surveillance - c'était sans doute les balbutiements de la surveillance urbaine! - nous ne pouvions pas faire grand-chose hormis prendre un tout petit peu le large ...dans les allées du parc. Inutile de vous dire que, par la suite, j'ai nourri une véritable aversion pour la couleur bleu marine et je l'ai bannie de mon vestiaire pendant des années...
Ce n'était pas le Friday Wear, mais le Thursday Wear! Un peu plus coincé cependant!