Les douches, flicage

Au fond du dortoir une porte s'ouvrait sur les sanitaires. Il s'agissait d'une immense salle carrelée. Un côté était réservé aux lavabos alignés le long du mu,r comme il se doit. Somme toute, cela pouvait sembler banal. Par contre, dès le premier soir, nous comprîmes qu'en aucun cas, la toilette pouvait être un acte intime.

Au centre de la salle, se trouvait le bloc des douches. Hygiène avant tout, douche obligatoire pour tout le monde. Et là ce fut le choc! Les douches avaient quatre parois en verre transparent! C'est à peine si nous étions floutées. En fait, on reconnaissait parfaitement la fillette qui était à l'intérieur de la cabine. De cette façon, les surveillantes, nos garde-chiourmes, pouvaient s'assurer que nous nous lavions correctement!

Ce fut une vraie honte! Se déshabiller et se laver devant tout le monde! Même à la maison, dans des conditions de précarité, nous respections l'intimité et la pudeur de chacun!

Là, c'était le flicage jusque dans les moindres instants!

Ces sanitaires nous réservaient d'autres surprises. Le jeudi, nous n'avions pas cours. Sans doute par souci d'équilibre dans la répartition des cours puisque nous finissions la semaine le samedi midi.

Pour les internes, nous apprîmes vite que le jeudi n'était pas un jour de farniente. D'abord, à peine debout, il fallait défaire les lits et plier soigneusement taies, draps et couverture. La literie devait être ventilée une fois par semaine. Ensuite, direction les lavabos. Nous avions une trousse de toilette dont le contenu était strictement imposé au moment d'entrer à l'internat. Le jeudi donc, nous devions récurer peigne et brosse à cheveux avec notre brosse à ongles. Tout devait être impeccable. Le moindre cheveu, la moindre trace et nous restions bloquées dans les sanitaires jusqu'à nouvel ordre. Le procédé était le même pour nos chaussures. Brosse pour dépoussiérer, cirage, brosse à lustrer tout  un arsenal requis pour nettoyer et faire briller nos croquenots!!!

Caserne ou prison?