Dans le nouveau lycée, le dortoir était immense, une cinquantaine de lits inexorablement alignés. Aucune intimité n'était envisageable. Nous étions en open space. Un placard était à notre disposition.
Le règlement était de type carcéral bien que s'agissant d'un établissement public.
Dans notre placard, nous ne pouvions avoir aucune nourriture, probablement pour des raisons d'hygiène...Donc pas de pot de confiture maison, pas de morceau de gâteau du dimanche, pas le moindre bonbon, pas de chocolat ou autre friandise. Interdiction absolue! Sinon, poubelle!
L'inspection des placards était en effet systématique, en particulier le lundi soir. La surveillante confisquait immédiatement tout ce qui était comestible!
Une autre règle impérative était de ranger le placard impeccablement. Nous avions à l'époque exclusivement des mouchoirs en tissu. Pas de mouchoirs en papier (ni, au passage, de serviette hygiénique jetable) .Rien ne se jetait. Mon arrière-grand-mère, une adorable petite bonne femme, m'avait offert de beaux mouchoirs brodés main, à mes initiales. J'en était très touchée et je les utilisais précautionneusement.
Le premier soir de notre arrivée à l'internat du nouveau lycée, on nous dit de vider nos valises et de tout ranger dans le placard. Ce qui fut fait avec l'empressement de rigueur. Chacune devait ensuite attendre l'inspection, debout, près de son placard...A vos ordres, chef! J'avais bien perçu que d'autres ne s'étaient pas bien appliquées et que tout ne se passait pas avec le sourire. Sans doutes étaient-elles négligentes ou maladroites. Pour ma part, j'étais confiante, près de mon placard, et j'attendais mon tour avec sérénité. En réalité, j'étais une douce naïve et j'avais donc tout faux. Un mouchoir mal aligné et dépassant d'un millimètre, une serviette dont la tranche n'était pas dans le bon sens,et vlan! D'un coup de griffe, la surveillante racla les étagères. Les mouchoirs de ma chère arrière-grand-mère, les serviettes, tout fut balayé d'un revers de main et vola par terre...A recommencer jusqu'à ce que le rangement soit impeccable!
Ce fut un vrai traitement de choc. J'étais soigneuse et j'ai encore du mal à admettre que l'on ait pu imposer de telles brimades à des enfants de onze ou douze ans.
Aujourd'hui, les parents lanceraient bien une action en justice contre l’Éducation Nationale.