Pour quelques mois encore, le lycée de filles - il n'y avait pas de collège - occupait une bâtisse ancienne dans le vieux centre de Mont-de-Marsan. Le lycée accueillait les élèves de la sixième à la Terminale.
Peu de temps après, nous déménageâmes dans les nouveaux locaux, route du Houga. La première visite fut un émerveillement. L'entrée du lycée était une porte immense, à deux battants, en verre cathédrale. Jamais je n'aurais pu imaginer une porte aussi belle. Imposante et vitrée! En fait, c'était un premier pas dans la modernité, le confort voire le luxe si l'on compare avec le logement que nous habitions.
Voir 1ère partie: http://missionprof.monsite-orange.fr/
Des douches en veux-tu en voilà, le chauffage central, du carrelage au sol, un beau parquet lustré dans le dortoir! En réalité, le fait d'être admise dans ce lycée imposant, grâce à mon travail, signifiait déjà un changement de statut social. Au bout du compte, l'angoisse de la séparation familiale était en partie gommée par un sentiment de valorisation et d'ascension sociale.
Les sixièmes, nous étions toutes des fillettes de onze à douze ans, séparées pour la première fois de leur famille. En quelque sorte, l'accès à une certaine indépendance par rapport à nos parents et donc un pas vers l'âge adulte.
Le soir de notre arrivée à l'internat, la veille de la rentrée des classes, nous prîmes notre premier repas. Le réfectoire était immense et passablement lugubre. Des tables de dix étaient alignées. Nous mangeâmes tant bien que mal, sans se connaître et en essayant de ne pas trop montrer notre malaise. La fin du repas est mémorable. La surveillante nous avait donné la consigne de mettre les déchets de nos assiettes dans une seule assiette et de rassembler tout, assiettes, verres, couverts à l'extrémité de la table. Nous exécutâmes l'ordre avec zèle.
La surveillante fit alors le tour des tables pour s'assurer que son ordre avait été convenablement exécuté. Elle s'approcha de notre table et, d'un ton à la fois haineux et méprisant, elle posa une question saugrenue. A qui sont ces restes?, demanda-t-elle, les yeux rivés sur l'assiette débordante de déchets, qui trônait au bout de notre table, en haut de la pile. Il faut dire que nous ne comprîmes pas de suite où elle voulait en venir. Cependant, désignant d'un air dégoûté les petits morceaux de pain, de gras, parfois de viande entassés dans l'assiette, en un mot tous nos restes, elle nous enjoignit de reconnaître qui son morceau de pain, qui son petit morceau de gras ou autre déchet. Ceci fait, nous ne pûmes quitter la table qu'après avoir récupéré et avalé tout ce qui pouvait l'être, écœurées de devoir manger de telles cochonneries! On pourrait appeler ça de la décroissance avant l'heure! Halte au gaspi!!
Ce chapitre est particulièrement conseillé aux jeunes générations...